LE TRAIN DE LOOS

Logo Amicale du Train de LoosLe mémorial du Train de Loos.

             

 

LE TRAIN DE LOOS

1939/1940-  La France et  la Grande Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne  le 03.09.1939 ; rien ne se passe sur le terrain. Avant l’offensive de l’armée allemande  nos stratèges militaires étaient restés sur la guerre de position (ligne Maginot) aussi l’armée française  a-t-elle été enfoncée par les panzers ; la déroute de l’armée française s’en suit.

La France  envahie, occupée, l’honneur sali,  les allemands défilent sous l’arc de triomphe.

Le commandement  allemand impose ses conditions.

Conformément à l’article 3 de la convention d’armistice franco-Allemande du 22.06.1940 :«  Le Reich Allemand exerce tous les droits de la puissance occupante….le gouvernement français invitera les services administratifs à collaborer  avec les autorités militaires allemandes » (Cet extrait  ne laisse aucun doute sur la collaboration « acceptée » par Pétain)

La région Nord/PdC est rattachée à la Belgique .Le haut commandement militaire allemand siège à Bruxelles. La population de notre région matraquée par la propagande allemande vit dans l’inquiétude et le rationnement ; résistants ou collaborateurs, c’est le règne du silence ou de la délation! La gestapo  l’encourage,  la rétribue. Entre la presse française  inféodée et la BBC « Ici Londres, les français parlent aux français…Radio-Paris ment   , Radio-Paris est allemand ! »(Jean Oberlé) la voix du Nord prend tous les risques et  fait circuler sous le manteau «  Les voix du Nord clandestines » à partir d’avril 1941.

La gestapo prend l’ascendant sur les militaires,  les arrestations sont nombreuses, l’emprisonnement, la torture, des affiches placardées  publiant la prise d’otages et  le nom des »  terroristes exécutés.

Le bassin minier du Pas de Calais est un grand pourvoyeur de résistants, ces derniers sabotent les lignes de chemin de fer entre Paris et la région Nord ; en août 1944, la ville de Lille est isolée de celles qui lui sont reliées par la voie ferrée.

Les jugements sont rendus par un tribunal militaire allemand ; les condamnés à mort retrouvent une cellule spéciale éclairée jour et nuit et parfois des moutons !  Les exécutions ont lieu à la citadelle de Lille, au fort de Bondues ou de Seclin ; d’autres  sont expédiés  par groupe de 10/15 les 12 et 27 de chaque mois pour la solution finale.

Après le débarquement des armées alliées en Normandie en juin 1944, le haut commandement militaire allemand  met sur pied un plan d’évacuation progressive des détenus  vers les prisons de Loos-lez-Lille à partir de celles d’Arras, de Cuincy (Douai), Béthune, Cambrai et Valenciennes.

Pourquoi ce choix ? Loos possède une grande capacité d’accueil et se situe à 25 km de la frontière avec La Belgique. Cette dernière déclarée pays ouvert, leur réseau  de chemins de fer a été épargné. L’OFK  reçoit de Bruxelles  l’ordre non seulement de ne laisser aucune installation intacte aux mains de l’ennemi, Carlo Schmid réussit à convaincre  les ingénieurs de l’OFK   que cela ne servirait pas la cause allemande : les bâtiments publics et les installations minières furent préservés. Mais ordre fut donné de vider la prison de Loos et d’évacuer tous les détenus politiques sur la Belgique à partir de la gare de Tourcoing. Le consul de Suisse obtient le principe d’une libération des détenus  ayant de petites peines, seront également épargnées  les femmes. Pour les détenus politiques le directeur de la prison le capitaine Otto Siebler est intraitable en dépit d’une  dernière intervention du consul de Suisse,  la machine infernale est en marche elle ira jusqu’à son terme : les camps de la mort.

1er septembre 1944,  une noria de camions évacuent  les détenus sur la gare de Tourcoing, ils sont entassés debout, dans des wagons à bestiaux 80/90 par wagon. C’est le dernier grand convoi de déportés quittant la France à destination des camps de concentration.

Le train de Loos composé de 13 wagons  quitte la gare de Tourcoing vers 17.30 ce même jour, vers quelle destination ? Ils espèrent que les résistants vont les libérer ; Me Marcel Hénaux du barreau de Lille détenu également,  entame des chants patriotiques et  improvise sur l’air de ce n’est qu’un au revoir  «  courage mes frères la liberté viendra », la résistance n’interviendra pas. Les familles des  détenus  ignorent tout !

Le 3 septembre Lille savoure la liberté.

Ce train traverse Anvers ; leur dernier espoir réside en la résistance belge pour l’arrêter, elle est sur la voie, elle fait sauter un pont, trop tard le convoi est passé ; environ treize détenus ont réussi à s’évader de ce train. Il atteint les Pays-Bas, arrive à  Cologne  le 3 septembre 1944. Depuis leur départ les conditions  sont inhumaines : serrés les uns contre les autres   sans eau, sans pain pendant deux jours ! Certains ne maîtrisent plus leurs nerfs sans parler des besoins naturels! Le 5 septembre le groupe du Train de Loos est éclaté, ils sont acheminés par convoi ferroviaire sur deux camps : Müllheim et Sachsenhausen où commence la quarantaine. A l’arrivée, les déportés doivent sortir leurs camarades morts pendant le trajet ( 5 à 10 ) et les aligner lors de l’appel  qui se répétera  chaque matin avec  des températures de -15° à partir de novembre.Le système concentrationnaire réduit le déporté à une machine : plus de nom ni de prénom uniquement un matricule qui sera appelé chaque matin en allemand, celui qui ne comprend pas, reçoit 10 coups de  gummi .Ceux qui n’ont plus la force de résister  meurent. Le four crématoire tourne jour et nuit.

En 1945, l’avancée de l’armée rouge force les troupes allemandes, à l’agonie, à évacuer les camps de concentration situés à l’Est. Ce sont les marches de la mort. En avril et mai les armées alliées libèrent les camps et découvrent des squelettes vivants des charniers ….

Combien étaient-ils ? Pendant plus de 55 ans les estimations oscillent entre 400 et 1250 hommes

D’ailleurs la plaque commémorative apposée sur le mur de la gare de Tourcoing en 1947 indique le chiffre de 1250. Ce chiffre a été repris au fil des années sans aucune vérification aussi bien par la presse que par les familles des déportés. Les registres d’écrou ont été brûlés par l’Occupant sauf ceux conservés par Fred Huber consul de Suisse. Ce ne fut qu’après la chute du régime soviétique que l’armée rouge a dévoilé des documents  pris lors de la libération des camps. Un travail méthodique  a permis de  recouper ces listes avec celle de la levée d’écrou de la maison d’arrêt de Loos (liste partielle concernant uniquement ceux qui détenaient  des espèces) conservée par les services du consulat de Suisse à Lille transmise à Berne.

Yves Le Maner agrégé d’histoire a fait des recherches pendant plus de trois ans non seulement pour lever l’énigme du nombre de déportés partis par ce train mais surtout pour leur restituer leur identité ; il a fait paraître  un ouvrage en février 2003 sous le titre :LE TRAIN DE LOOS le grand drame de la déportation dans le Nord-Pas de Calais.  Il est préfacé par Annette Wieviorka  directrice de recherche au CNRS, issue d’une famille juive polonaise, ses grands-parents  déportés morts à Auschwitz.

871 noms ont été retrouvés, leur parcours individuel retracé.

275 regagneront  la France soit une mortalité beaucoup plus élevée que l’ensemble des déportés non juifs. L’étude présentée par Yves Le Maner (voir glossaire) a dénombré 80% de résistants et de déportés politique parmi le groupe du Train de Loos, 13% provenant d’otages, de réfractaires au STO et  2% de prisonniers de droit commun, âgés de 16 à 67 ans. En 2001 cinquante rescapés étaient toujours vivants.

Deux résistants  très connus faisaient partie de ce grand convoi : Raymond Fassin  agent du BCRA mort le 12/02/1945 et Maurice de Cheveigné radio de Jean Moulin décédé en 1992.

Le départ de ce train signe-t-il l’échec de la résistance, cette dernière avait-elle les moyens de l’arrêter ?

Courant août 1944, La résistance a dû renoncer à une attaque des prisons de Loos mais aussi le 1er septembre lors des transferts des détenus. Selon un témoignage le P44 (pont n°44) était gardé par de nombreux soldats allemands.

L’échec de la résistance doit être attribué à plusieurs causes :

  • aucun responsable n’est en mesure de fédérer l’ensemble des réseaux, une absence totale de communication entre eux, le responsable militaire régional n’a pas pu être contacté directement ; le mouvement » la Voix du Nord » est décapité ses responsables sont détenus à Loos.
  • un armement beaucoup trop léger pour intervenir efficacement face à la puissance de feu tant à la prison de Loos que lors de la constitution du convoi en gare de Tourcoing.
  • dernier point: les responsables du W.O refusent l’accord proposé par l’officier allemand Carlo Schmid, pensaient-ils déjà à l’après libération et les postes à occuper ; par ailleurs,  au sein du comité de la libération les personnalités politiques désignées cherchent  à éviter tout bain de sang au sein de la population lilloise comme ce fut le cas à Tulle d’autant qu’il ne dispose que de peu de militaires.

Aucune enquête officielle n’a été lancée.

 

LE MÉMORIAL DU TRAIN DE LOOS

L’Amicale des déportés du Train de Loos a été créée en 1945 afin de retrouver les survivants et obtenir de ces derniers des nouvelles de ceux qui avaient succombé sous la botte nazie. Aujourd’hui elle regroupe les survivants de ce « train », les familles des déportés  disparus à jamais, certaines ont attendu des décennies avant de savoir où et quand leur père ou leur fils  était disparu. Le président James Venture décédé en avril 2015  figure parmi les huit survivants membres de l’association. Les rescapés et des amis ont  élevé un mémorial sur ce  lieu symbolique puisqu’il fait face aux ex-prisons de Loos. Ce monument a été inauguré le 25 octobre 1975 par Norbert  SEGARD ministre du commerce extérieur.

Après la parution de l’ouvrage d’Yves Le Maner, James Venture a coulé dans le bronze les noms des 871 déportés, apposés sur le mur du mémorial, leur rendant leur identité à défaut de sépulture,  ces plaques ont été inaugurées le 10 mai 2003 en présence de Jean Paul DELEVOYE, ministre de fonction publique. En accord avec l’amicale et les autorités carcérales la municipalité de  Loos a démonté le mémorial pour le sauvegarder dans l’attente de la construction d’une nouvelle prison sur l’emplacement de l’ancienne. Des copies de plaques à l’identique ont été offertes au conseil général du PdC et installées dans une galerie de la Coupole d’Helfaut en présence de Claudie Haigneré ministre de la recherche.

 

Revenons à la stèle de LOMPRET, cette plaque correspond à celle figurant  à la gare de TOURCOING et a été installée en 1977 grâce à l’action de JAMES VENTURE déporté portant le numéro 97817 qui a travaillé de façon importante afin de restaurer la mémoire de ces déportés du dernier train de DEPORTATION de la REGION NORD  PAS DE CALAIS

Parmi ceux-ci figure un lomprétois

PLAETE André, matricule 97548, né le 3 juin 1908 à LAMBERSART, domicilié à LOMPRET, mécanicien auto à LOMME, arrêté le 16/8/1944 à LOMME pour possession d’armes, interné à LOOS et déporté à SACHSENHAUSEN, transféré au KOMMANDO de FALKENSEE, libéré le 22/4/1945, décédé à LOMME le 8/11/1988 (à noter qu’il pourrait aussi apparaître sous un autre nom BAETE André, source Yves LE MANER

 

Glossaire : 

La Voix du Nord : grand quotidien régional appartenant au groupe de presse belge Rossel. Pendant la période 1941/1944, le réseau de résistance  Voix du Nord a fait circuler sous le manteau La voix du nord clandestine.

J-M. Bretonnier rédacteur en chef de ce quotidien écrit «Sur l’attitude des français pendant l’occupation … une minorité de collaborateurs, une minorité de résistants, et une majorité refusant l’asservissement mais sans toujours passer à l’acte : on est là plus proche de la réalité . La vérité est multiple….on ne transige pas avec le devoir et avec l’honneur . On ne pactise pas avec le mal, on ne collabore pas avec l’ennemi écrivaient-ils dès avril 1941 dans les voix …clandestines.

OFK : Oberfeldkommandant a choisi le camp des nazis après l’attentat contre Hitler en juillet 1944.

Yves Le Maner : agrégé d’histoire après des études à Paris 1-Sorbonne. Le conseil général du Pas de Calais lui confie le projet du CENTRE HISTORIQUE DE LA COUPOLE d’ Helfaut près de St Omer, il prend sa retraite en 2016 après de nombreuses conférences. Sur la paroi d’une galerie, 13 plaques en bronze sur lesquelles figurent les déportés du Train de Loos rappellent le souvenir de ces déportés morts pour la liberté.

Secrétariat de l’AMICALE DU TRAIN DE LOOS: 2013

Références :

Grégory Célerse a publié deux  livres « La traque des résistants nordistes « ou l’on retrouve à côté des  nazis  ceux de la Gestapo, tous les réseaux de résistants et   » Histoire de la gestapo » (mars 2003).

                      Olivier Wieviorka  (agrégé d’histoire) frère d’Annette Wieviorka: ses grands-parents  juifs polonais sont morts à Auschwitz. Il a fait paraître  «Histoire de la résistance 1940-1945 obéir c’est trahir «   01/2013.

P.Ducroquet  étude adressée à la commission de la déportation du COMITE  D’HISTOIRE datée du 17.04.1955 

Gummi : Genre de matraque recouverte de caoutchouc durci. 

S.D. = Sicherheitsdienst (Service de police = gestapo) possédait son centre de torture à La Madeleine (Lille) 

W.O. = war office prolongement du réseau Sylvester farmer.

 

 

 

 

 

 

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